Mambasa : Les cuisiniers, piliers invisibles de la vie, célèbrent leur journée dans la précarité
Chaque 20 octobre, le monde célèbre la Journée Internationale des Cuisiniers. À Mambasa, en Ituri, ces artisans du goût qui nourrissent ménages, restaurants et entreprises travaillent dans l'ombre, entre passion et difficultés.
Si la nourriture est le socle de la vie humaine, les cuisiniers en sont les architectes. Aucun aliment, cru ou cuit, n'arrive à table sans passer entre leurs mains. Pourtant, à Mambasa, leur métier reste peu valorisé.
Rencontrée dans son restaurant de transit "Les Pygmées", au quartier Mirindi, en diagonale du rond-point central, Mademoiselle Fatu Saidi se dit fière de son métier. Grâce à ses casseroles, elle fait vivre sa famille.
Mais derrière la fierté, le quotidien est rude.
"Nous manquons de tout : charbon, braises, bois de chauffage. Quand les clients ne viennent pas, les aliments invendus deviennent une perte sèche. Et à la maison, c'est décourageant de passer des heures au feu pour que la famille mange sans appétit" confie-t-elle.
Dans les entreprises minières et forestières de la région, le sort n'est guère meilleur : salaires dérisoires, cuisiniers oubliés sur les listes de paie.
Pour Fatu Saidi, la différence n'est pas dans la marmite, mais dans la main :
"La casserole est la même, mais la manière de cuire diffère. Chacun apprécie le goût à sa façon. Au restaurant, on cherche l'assaisonnement parfait avec des épices. À la maison, on veut un goût naturel, sans trop d'odeur d'épices."
Un conseil santé qu'elle martèle à ses collègues : veiller à la propreté et éviter l'abus de cubes industriels (Maggi, Onga, etc.), de muscade et le mélange de tomate concentrée et tomate fraîche, qu'elle qualifie de "poison à retardement".
Insécurité, crise monétaire, résurgence d'Ebola : le contexte actuel en Ituri frappe de plein fouet la restauration. Moins de clients, rations réduites, santé fragilisée. Le cuisinier, dernier maillon de la chaîne alimentaire, est le premier à en subir les conséquences.
Pourtant, ils tiennent. Dans un appel à l'unité, Fatu Saidi invite tous les cuisiniers de Mambasa à se serrer les coudes et à défendre la dignité de leur métier.
La journée internationale des cuisiniers a été instituée en 2004, par World Association of chefs, à l'initiative du Dr Bill Gallagher
Justin Kazungu

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