OÏCHA : Jean-Pierre Mutuli Kisubi, parmi les premiers licenciés pygmées en Droit, défend son mémoire sur la constitution des éléments de preuve sur les crimes de massacres à l'UNIO

L'Université d'Oïcha (UNIO) vient d'enregistrer un nouveau licencié en sciences juridiques et politiques. Il s'agit de Jean-Pierre MUTULI KISUBI, l'un des premiers et rares étudiants issus de la communauté autochtone pygmée de la région de Beni à atteindre ce niveau.

Il a présenté et défendu son mémoire de fin de cycle ce mercredi 26 août 2026, en vue de l'obtention du diplôme de licence.

Son travail, dirigé par l'Assistant KASEREKA WASUKUNDI, est intitulé : "La constitution des éléments de preuve de massacre et des crimes contre l'humanité en RDC : cas d'Oïcha, 2016-2025". Un sujet d'une actualité brûlante dans une région épicentre des atrocités.

Un constat accablant sur Oïcha

Dans sa synthèse de défense, le récipiendaire est parti d'un constat : Oïcha, aujourd'hui élevée au rang de ville, a été le théâtre de massacres d'une extrême brutalité, caractérisés par des exécutions sommaires, des mutilations, des incendies de villages, des enlèvements et des violences sexuelles, largement attribués aux ADF.

Selon lui, ces actes s'inscrivent dans une dynamique de violence systématique et généralisée, susceptible de recevoir la qualification de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au regard du droit international pénal.

Le plus grand défi reste cependant la constitution des preuves. L'insécurité persistante, la destruction des scènes de crime, la peur des représailles chez les témoins et le manque criant de moyens humains, techniques et logistiques des institutions judiciaires rendent la collecte, la conservation et l'exploitation des preuves très complexe.

L'auteur conclut que les témoignages restent la principale source d'information à Oïcha, mais qu'ils demeurent fragiles et les preuves matérielles souvent insuffisantes. Il recommande de renforcer la sécurité dans les zones affectées, de garantir une protection effective des témoins et des victimes, de renforcer les capacités techniques des acteurs judiciaires et de promouvoir la coopération entre les juridictions nationales et internationales.

Le droit pour défendre les sans-voix

Interrogé après sa défense, ce cadre du peuple autochtone a expliqué les motivations de son choix :

> "J'ai choisi le droit d'abord pour défendre mes pairs pygmées, souvent marginalisés et sans voix devant la justice, mais aussi pour défendre tous les autres Congolais victimes des massacres, a t-il déclaré."


En quête d'une qualification professionnelle, le nouveau licencié lance un plaidoyer pour son intégration dans les instances judiciaires de la nouvelle ville d'Oïcha.

Il lance également un appel vibrant à la jeunesse pygmée :

>L'éducation est la seule arme qui peut nous donner une place dans la société. J'encourage mes frères pygmées à briser les barrières et à suivre la voie de l'école.

Sa réussite est saluée comme un symbole d'espoir et d'inclusion pour les peuples autochtones de la RDC, souvent exclus du système éducatif et judiciaire.

Wanzire SHUKURANI

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