Oicha : Savoderme, le produit local qui révolutionne les soins de la peau

 


Et si la solution aux problèmes de peau se trouvait dans nos propres champs ? À Oicha,  Nord-Kivu, un homme a fait ce pari audacieux. Lui, c'est Docile Kahindo Mwanamolo, expert chimiste et promoteur de l'entreprise Savoderme, connue sous le nom de Savon d'Air.

Il transforme le beurre de cacao, l'huile de ricin et le miel local en une gamme complète de produits de soin. Un modèle d'entrepreneuriat local qui soigne, crée de l'emploi et défend fièrement le Made in Congo.

D'un constat de santé publique à une entreprise citoyenne

Tout est parti d'une observation sur le terrain. En tant qu'expert chimiste, Docile Kaindo a mené des enquêtes sur la santé cutanée dans la région de Beni.

"Nous avons trouvé beaucoup de problèmes cutanés, comme les teignes, les mycoses et plusieurs autres problèmes",explique-t-il.

Face à l'utilisation de produits importés non conformes et souvent nocifs pour la peau, il a décidé d'apporter sa contribution. C'est ainsi qu'est née Savoderme.

Son entreprise n'est pas une macro-entreprise, précise-t-il. C'est une micro et moyenne entreprise qui a choisi de valoriser ce que nous avons de plus précieux : nos matières premières locales. Son credo repose sur trois ingrédients 100% naturels et locaux :

- le beurre de cacao

- l'huile de ricin

- le miel naturel

À partir de cette alchimie, il produit une large gamme : savons de toilette et de ménage, savons liquides antiseptiques pour le lavage des mains, pommades, laits de beauté, crèmes, glycérine et même des gels antiseptiques naturels à base de miel. Des produits aujourd'hui très appréciés par la population.

Une réussite qui a dépassé les frontières d'Oicha. Aujourd'hui, les produits Savoderme sont présents dans tout le Nord-Kivu, dans l'ex-Province Orientale, en Ouganda voisin et même jusqu'aux États-Unis.

Le vrai combat : faire aimer le Made in Congo

Pour Docile Kahindo, le plus grand obstacle n'est pas la fabrication, mais la mentalité.

"Au niveau local, tout part de la sensibilisation. Il faudrait que la population comprenne la valeur de nos produits fabriqués localement. La plupart pense que les produits qui viennent de Turquie ou d'Europe sont meilleurs. Or, ce sont nos mêmes produits."

Il prend l'exemple frappant du cacao :

"Vous voyez même le cacao, la manière dont les pays étrangers l'exportent, c'est pour aller faire des produits. Et ces produits nous reviennent sous une autre forme et plus chers. Maintenant, nous localement, nous voulons les transformer ici pour que la population en bénéficie."

Son travail a donc été d'abord pédagogique : expliquer que ses produits sont spécifiques pour la santé, l'hydratation et la nutrition de la peau. Un travail de longue haleine qui porte ses fruits.

"Aujourd'hui les statistiques par rapport au marché sont quand même satisfaisantes. La population a compris" se réjouit-il.

La qualité de Savoderme n'est plus à prouver. Lors d'une mission, une experte italienne venue d'Italie a, après enquêtes, déclaré le Savon d'Air comme "le meilleur savon possible".

Son message aux hésitants est direct :

_"Ceux qui hésitent encore à utiliser les produits Savoderme se trompent. Venez, faites même un premier essai, vous serez convaincus que c'est le meilleur produit qu'il faut utiliser pour l'amélioration de notre peau._"

Une entreprise sociale qui fait vivre 17 familles

Savoderme, c'est aussi une aventure humaine. L'entreprise ne travaille pas seule. Elle s'appuie sur une main-d'œuvre locale, permanente et occasionnelle.

"Nous engageons des mamans déplacées, des mamans et des jeunes et à partir de la savonnerie, ils peuvent aussi gagner leur vie. Pour le moment, nous utilisons 17 personnes."

Pour ces familles vulnérables, l'atelier de savonnerie est devenu une source de revenu et de dignité.

En choisissant Savoderme, le consommateur ne choisit pas seulement un savon. Il choisit de soigner sa peau avec un produit sain, de soutenir un entrepreneur local, de valoriser le cacao de Beni et de donner un emploi à une maman déplacée d'Oicha.

C'est tout le sens du pari réussi de Docile Kahindo.


Wanzire Shukurani

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