OICHA : 96% des habitants victimes de fausses rumeurs sécuritaires sur WhatsApp et Facebook (Étude à UNIO par Jean Claude Kasereka Mbafumoja)

 

C'est un chiffre qui fait froid dans le dos. À Oicha, 96% de la population a déjà reçu une fausse alerte sécuritaire via les réseaux sociaux. C'est la conclusion accablante d'un mémoire de Licence défendu à l'UNIO, qui met en lumière la guerre entre rapidité numérique et fiabilité de l'information.

La population d'Oicha s'informe-t-elle au prix de sa propre peur ? C'est la question centrale du mémoire de fin d'études de Jean Claude Kasereka Mbafumoja étudiant dans le domaine des sciences de l'homme et de la société, filière de l'information et de la communication, journaliste à la Radio Moto Oicha, et promoteur de Oicha News qui  a défendu à  l'Université d'Oicha (UNIO) le jeudi 20 août 2026 dans un sujet de recherche intitulé :  L'influence des réseaux sociaux face à la récolte des informations sécuritaires dans la région d'Oicha.


Pour y répondre, le chercheur a mené une enquête de terrain rigoureuse pendant plusieurs mois auprès de 62 personnes, dont 50 auditeurs et 12 journalistes professionnels des trois médias de référence de la zone : Radio Moto Oicha, Radio Muungano et Radio du Peuple Oicha (RPO).

L'étude dresse un constat sans appel en 4 points :

1. WhatsApp et Facebook ont supplanté les médias classiques

Pour 58% des habitants interrogés, les réseaux sociaux sont désormais la PREMIÈRE source d'information. 88% d'entre eux affirment y recevoir directement des alertes sécuritaires, qu'il s'agisse d'attaques, de mouvements suspects ou de rumeurs d'incursion.

2. Une information massivement fausse

Le revers de la médaille est brutal : 96% des auditeurs déclarent avoir déjà été victimes d'une fausse information ou d'une rumeur. Une donnée confirmée par les professionnels : 75% des journalistes locaux estiment que les informations qui circulent sur les réseaux ne sont fiables que "parfois".

3. Le journaliste, entre marteau et enclume

L'étude révèle un paradoxe inquiétant. Faute de moyens de déplacement et d'accès difficile aux sources officielles, *83,3% des journalistes d'Oicha* avouent être contraints d'utiliser ces mêmes réseaux sociaux pour collecter et vérifier leurs propres informations. Une boucle vicieuse qui alimente la désinformation.

4. La radio reste le dernier rempart de la vérité

Malgré cette déferlante numérique, la confiance n'a pas totalement basculé. *56% des auditeurs* déclarent faire encore plus confiance aux radios locales qu'aux réseaux sociaux lorsqu'il s'agit de leur sécurité.

Trois hypothèses confirmées par le terrain

Au terme de son travail, le chercheur confirme ses trois hypothèses de départ : le flux incontrôlable d'informations rend le tri entre vrai et faux impossible ; cette désinformation est source de confusion et de panique généralisée ; et les réseaux sociaux jouent aujourd'hui un rôle d'alerteur rapide, mais certainement pas de vérificateur.

Recommandations : le fact-checking comme urgence

Face à ce constat, Jean Claude Kasereka Mbafumoja formule trois recommandations fortes :

Pour les journalistes :

 Revenir aux fondamentaux du métier : le terrain, la vérification systématique et la formation continue au fact-checking.

Pour les responsables des médias : 

Investir dans la formation et doter les rédactions de moyens logistiques pour permettre la vérification sur le terrain.

Pour les autorités et le public:

Aux autorités de rendre l'information officielle accessible et rapide. À la population, d'adopter un réflexe citoyen : ne jamais partager sans avoir vérifié.

Sa conclusion résume tout l'enjeu : Les réseaux sociaux sont rapides, mais la radio vérifie. À Oicha, où le contexte sécuritaire est volatile, un simple clic sur "partager" sans vérification peut semer la panique et coûter des vies humaines.

Une étude qui doit servir de sonnette d'alarme pour tous les acteurs de l'information à Beni.


Wanzire Shukurani

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