Nord-Kivu : À Oicha, un futur licencié en Lettres utilise Albert Camus pour décrypter l'état de siège

 

Et si la meilleure critique de l'état de siège en RDC venait d'une pièce de théâtre de 1948? C'est la démonstration faite par Mukosa Mathe Moyen Jean-Vianney lors de sa soutenance à l'Université d'Oicha. Un travail qui dérange et fait réfléchir.

Ce n'est pas un militaire, ni un politicien, mais un étudiant en Lettres Françaises qui vient de poser la question la plus dérangeante sur l'état de siège.

Mukosa Mathe Moyen Jean-Vianney a défendu le 22 août 2026 à l'UNIO un mémoire intitulé : _La satire comme moyen de critique du pouvoir dans L'État de siège d'Albert Camus._ Directeur : CT Jabes MUHINDO MUHOTHO.

L'homme devenu un dossier

Le cœur de son analyse est simple. Chez Albert Camus, la Peste qui s'empare de Cadix est un pouvoir qui ne tue pas au hasard. Elle organise.

Elle invente les listes, les fiches, les statistiques. Elle dit à l'homme : tu n'es plus une personne, tu es un numéro.

Le mémoire cite cette phrase terrible qui résonne aujourd'hui à Beni, à Oicha, à Butembo : Vous serez dans la statistique.

Et cette autre : Il est interdit, le politique. À la place de tout cela, l'organisation."*

Pour l'étudiant, c'est ça la satire de Camus : montrer comment un pouvoir qui prétend tout organiser rationnellement finit par oublier l'humain. La mort elle-même doit se faire "dans l'ordre".

La vraie question pour le Nord-Kivu

Le travail ne tombe pas dans le piège de la comparaison facile. L'auteur le précise : l'état de siège de Camus est une fiction, celui de la RDC est une réalité de guerre depuis le 6 mai 2021, avec des militaires qui se battent sur le terrain.

Mais la question philosophique reste la même et elle est pour nous tous :

> Quand est-ce que protéger devient dominer ? Quand est-ce que la sécurité cesse d'être un service pour devenir une domination ?

Dans la pièce de Camus, le pouvoir dit : "Moi, si je règne, c'est un fait, c'est donc un droit". C'est-à-dire : je règne, donc j'ai raison. Pas besoin de votre accord.

C'est exactement ce que la satire dénonce : le pouvoir qui se justifie par lui-même.

Diego, ou le droit de dire non

Face à cette Peste toute-puissante, Camus invente Diego. Un homme qui refuse. Pas avec des armes, mais avec sa conscience.

Pour Mukosa Mathe, Diego est la leçon la plus actuelle pour le Nord-Kivu. La résistance, ce n'est pas forcément la violence. C'est la lucidité. C'est refuser que l'homme devienne un simple dossier. C'est dire non à l'injustice pour dire oui à l'humain.

Wanzire Shukurani

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