BUNIA : La moto et le vélo deviennent des outils d’émancipation pour les femmes ituriennes
Longtemps considérée comme un luxe réservé aux hommes, la possession d’un moyen de transport personnel est en train de changer la donne pour les femmes de Bunia. Motos, vélos et voitures d’occasion : un mouvement discret mais déterminé prend de l’ampleur dans la capitale de l’Ituri.
Face à la flambée des prix du transport et à l’insécurité dans les rues, des enseignantes, des commerçantes et des mères de famille décident de prendre le guidon pour reprendre le contrôle de leur temps, de leur argent et de leur sécurité.
Un choix économique face à la cherté du transport
À Bunia, les taxis-motos et minibus ne suffisent plus à la demande. Aux heures de pointe, les prix explosent.
Pour beaucoup de femmes, cette dépendance pèse lourd sur le budget du ménage.
Rencontrée au rond-point SONAS, en plein centre-ville, l’enseignante Anita Kabisa ne mâche pas ses mots :
> Les femmes doivent se doter de leurs propres moyens de transport. Ce n’est pas un privilège réservé aux hommes, c’est une nécessité pour l’autonomie et le porte-monnaie des femmes.
Depuis 2 ans, elle conduit elle-même sa petite moto.
> En une semaine, je perds l’équivalent d’un repas familial en frais de moto. Avec ma moto je fais des économies sur l’année, et je gagne en sécurité. Je ne suis plus dépendante de conducteurs peu fiables, ajoute-t-elle.
Briser la peur et les stéréotypes
L’argent n’est pas le seul frein. Le plus grand obstacle reste mental. Dans une société où conduire est encore perçu comme un "truc d’hommes", beaucoup de femmes hésitent à passer le permis ou à acheter un engin.
Madame Kabisa en a fait sa mission : sensibiliser.
> Beaucoup de femmes hésitent par peur du regard des autres ou de l’échec, explique-t-elle.
Pour elle, monter sur une moto, c’est aussi briser une barrière.
Plus qu’un déplacement, une affirmation
À travers ce mouvement, les femmes de Bunia ne revendiquent pas seulement le droit de circuler. Elles affirment leur capacité à gérer seules leur temps, leur budget et leur sécurité.
Un petit pas pour la route, mais un grand pas pour l’égalité des genres dans une province où les défis logistiques restent immenses.
Par Augustin Kiti

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