Nord-Kivu : Journée du baiser sous Ebola, "Aimer à distance pour mieux se protéger, les amoureux demandés à mettre leur sentiment en veilleuse"
Ce 06 juillet, le monde célèbre la Journée Internationale du Baiser. À Butembo, Beni et Oicha, l’ambiance est différente. En pleine 17ème épidémie d’Ebola, les autorités demandent aux jeunes de mettre leurs émotions en veilleuse. Entre désir d’affection et peur du virus, toute une génération doit réinventer sa façon d’aimer.
Pour ce vingteneur ans, étudiant à Butembo, le baiser c’est sacré.
"Quand tu retrouves quelqu’un après longtemps, tu ne réfléchis pas. Tu serres, tu embrasses. C’est automatique. C’est comme ça qu’on montre qu’on tient à la personne".
Même son de cloche chez ces deux autres jeunes rencontrés. Pour eux, le baiser peut être preuve d’amour, mais aussi de trahison. "La Bible nous parle de Judas. Un seul baiser a tout changé", disent-ils.
Aujourd’hui, ce même geste est pointé du doigt par les équipes de santé.
Selon l’OMS, Ebola se transmet par contact direct avec la salive, le sang, la sueur et autres liquides corporels. Un baiser sur la bouche avec une personne infectée peut donc suffire à transmettre le virus.
À Beni, le Dr Kasereka Nzala médecin directeur de l'hôpital général de référence d'Oicha et les équipes du CTE martèlent le message : pas de contact rapproché tant que l’épidémie n’est pas finie.
"Les guéris qui ont fini leur suivi ne sont pas dangereux. Mais avec un malade ou un suspect, le risque est réel", explique un agent de riposte.
L’étudiante de l’ISTM Beni résume le sentiment de beaucoup :
"On nous demande de ne plus nous embrasser. C’est un sacrifice. C’est dur, surtout entre amoureux. Mais on préfère ça plutôt que de perdre quelqu’un".
Dans les familles nombreuses aussi, l’adaptation est difficile. Plus d’accolades, plus de partage de verre ou de nourriture dans la même assiette.
La société civile de Beni demande aux jeunes de prendre le relais : "Soyez des modèles. Expliquez dans vos églises, écoles et réseaux que c’est temporaire".
Les sensibilisateurs proposent des alternatives concrètes :
1. Le langage: plus de mots doux, de vocaux, d’appels. "Dis-lui que tu l’aimes, au lieu de le montrer par un baiser.
2. Les gestes barrières : se saluer du coude, se laver les mains, ne rien partager.
3. La vigilance : signaler tout cas de fièvre, vomissement ou saignement. Aller tôt au CTE.
Mais le plus grand défi reste culturel. Comment garder la chaleur humaine sans se faire du mal ?
Pour les jeunes du Nord-Kivu, la réponse est provisoire : "On s’aime à distance aujourd’hui, pour pouvoir se reserrer fort demain".
Wanzire Shukurani

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