*Nord Kivu: Coiffeurs, attention ! Ebola rode, protégez-vous et vos clients*

Dans un contexte marqué par la résurgence de la maladie à virus Ebola dans plusieurs zone de santé de l'Ituri qui en est l'épicentre, du Nord et Sud-Kivu, les salons de coiffure et d’esthétique sont appelés à renforcer l’application des mesures barrières. Lieux de contact direct et prolongé avec la peau et les muqueuses, ces établissements représentent un maillon sensible de la chaîne de transmission.

À l’initiative de professionnels du secteur, une sensibilisation a été menée ce weekend 20 juin 2026 auprès des coiffeurs, coiffeuses et esthéticiens de la région. Objectif : rappeler les gestes simples qui peuvent prévenir la propagation du virus et protéger à la fois la clientèle et les prestataires.

Selon Monsieur Kipalyo Jean de Dieu, coiffeur expérimenté exerçant depuis plusieurs années à Njiapanda, les outils du métier – ciseaux, rasoirs, peignes, tondeuses – sont en contact régulier avec le cuir chevelu, parfois lésé ou irrité.  

« Les cheveux que nous manipulons peuvent contenir des microbes. En cas de petite coupure ou de plaie non visible, le risque de transmission devient réel si les instruments ne sont pas correctement désinfectés », explique-t-il.

Avec la confirmation de plusieurs cas d'Ebola dont les décès, la vigilance s’impose. Le virus se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée ou d’objets contaminés. Un rasoir mal stérilisé ou une main non lavée peuvent donc devenir des vecteurs.

Depuis l’alerte, Monsieur Jean de Dieu a mis en place dans son salon un protocole strict, inspiré des recommandations du Ministère de la Santé Publique :

1. Lavage des mains à l’eau et au savon ou au gel hydroalcoolique avant et après chaque client.

2. Port obligatoire du masque/couvre-nez pendant toute la durée de la prestation.

3. Désinfection systématique de tous les outils après chaque usage : trempage dans une solution javellisée, rinçage et séchage.

4. Refus de service à toute personne présentant des signes suspects : fièvre, maux de tête, fatigue inhabituelle, saignements. Le client est alors orienté vers une structure de santé agréée.

« Je n’ai pas attendu une ONG pour agir. Dès l’annonce des cas à Oicha, j’ai protégé mon salon. Ma vie et celle de mes clients en dépendent », affirme le coiffeur.

Au-delà de son salon, Monsieur Jean de Dieu interpelle l’ensemble des prestataires dans le secteur de la beauté. Pour lui, la lutte contre Ebola ne repose pas uniquement sur les hôpitaux et les équipes de riposte. Elle commence dans chaque salon, à chaque coupe, à chaque geste.

« Ne cherchons pas d’abord l’argent. Cherchons d’abord la vie. Un client perdu aujourd’hui peut revenir demain. Une vie perdue ne revient jamais », martèle-t-il.

Il demande également aux autorités sanitaires locales et aux partenaires d’appuyer les salons en kits de lavage des mains, en intrants de désinfection et en campagnes de sensibilisation adaptées au secteur informel de la beauté.

Les experts en santé publique rappellent que les salons de coiffure concentrent trois facteurs de risque : contact rapproché, manipulation d’objets tranchants, et passage d’une clientèle nombreuse et variée. En période d’épidémie, un manquement aux mesures barrières dans un seul salon peut contribuer à la dissémination du virus dans toute une communauté.

À Njiapanda, l’exemple de Monsieur Kipalyo Jean de Dieu montre qu’avec des moyens simples et de la discipline, chaque prestataire peut devenir un acteur de prévention.

Médecins à l’hôpital, citoyens à la maison, coiffeurs au salon : la riposte contre Ebola est l’affaire de tous. Dans un contexte où aucun vaccin n’est encore disponible contre la souche Bundibugyo identifiée en RDC, le respect strict des mesures barrières reste l’arme la plus efficace.


Wanzire Shukurani

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